Senez, cathédrale Notre-Dame de l’Assomption

Premiers résultats de la campagne de fouille archéologique 2018.

L’opération archéologique conduite en 2018 à l’intérieur de la cathédrale de Senez constitue la dernière étape d’une fouille archéologique programmée
pluriannuelle amorcée en 2016. Suite à la réalisation de deux
diagnostics aux abords de l’édifice, en 2012 et 2014, il s’agissait de
documenter l’intérieur de la cathédrale, pour mieux comprendre la
chronologie du chantier de construction des XIIe-XIIIe siècles ainsi que
le potentiel archéologique du monument.

Si les campagnes de fouille conduites en 2016 (https://sda04.hypotheses.org/341) et 2017 (https://sda04.hypotheses.org/804)
s’étaient concentrées sur la sacristie et sur le clocher situés au
sud-est de la cathédrale, l’opération 2018 visait l’exploration de la
nef de l’église. En effet, la réalisation d’une prospection géophysique
(radar-sol) en 2017 avait indiqué la présence d’une abside antérieure à
l’édifice actuel.
La campagne de fouille, qui s’est déroulée entre la fin du mois d’août
et la mi-novembre 2018 a donc principalement concerné la réalisation
d’un sondage d’environ 17 m², à l’emplacement du chœur canonial, entre
les stalles du XVIIe siècle.

Le dallage de l’église, installé en 1839, recouvre immédiatement des
niveaux médiévaux anciens, qui appartiennent aux dernières phases de
transformation architecturale de l’église antérieure à la cathédrale des
XIIe-XIIIe siècles. On distingue très clairement, parmi ces niveaux, un
dallage de grès, délimité du côté est par un mur correspondant au
chevet plat de cet édifice, dont la reconstruction pourrait se situer
aux alentours de l’an mil.

Cet aménagement semble en effet former le prolongement oriental d’un
grand bâtiment de plan rectangulaire, identifié lors des campagnes de
fouille précédentes.
Le sol en grès avait scellé un niveau de remblais de démolition, épais
d’une soixantaine de centimètres et qui contenait de nombreux matériaux
de construction : fragments de tuiles (tegulae) et de blocs de
tuf. La présence, parmi ces remblais, d’un lot particulièrement
important de fragments de peintures murales constitue une découverte
particulièrement importante, étant donnée la rareté de tels ensembles
attestés en Provence pour la première moitié du Moyen Âge.

Ce niveau de démolition comblait l’abside d’une église antérieure. Le
plan de cet édifice reste encore inconnu, mais son espace oriental était
formé par un chœur semi-circulaire, enchâssé dans un chevet plat
postérieur, probablement installé lors de la reconstruction des environs
de l’an mil. L’intérieur du chœur présente un état de conservation
remarquable. Du côté est, l’hémicycle est cantonné par l’embase d’un
banc presbytéral, couvert de mortier de tuileau.

Le banc presbytéral encadre une maçonnerie centrale, qui pourrait
correspondre à l’emmarchement menant à la cathèdre, confirmant ainsi la
fonction épiscopale de ce premier édifice.

Le sol du chœur est formé par un mortier de tuileau lissé, identique à
celui du banc presbytéral. Au centre du chœur, le soubassement de
l’autel majeur est conservé sur environ 80 cm de haut. Il est encadré
par des trous de poteaux, creusés dans le sol en tuileau, et qui
indiquent sans doute l’emplacement du ciborium.
L’analyse fine des relations stratigraphiques entre les mortiers, les
différents revêtements muraux et les maçonneries permet d’établir les
séquences successives de transformation et de réaménagement de ce
dispositif liturgique. Le banc presbytéral conserve ainsi les vestiges
d’au moins trois états successifs et le soubassement de l’autel porte
différentes couches d’enduits, dont certains badigeonnés, qui attestent
de réfections fréquentes.
Vers l’ouest, les vestiges appartenant à cet ensemble n’ont pas encore
été dégagés. Les niveaux anciens sont en effet couverts par un dallage
en grès, qui appartient vraisemblablement au sol de la cathédrale
tardo-romane. Ce dallage est nettement délimité par un muret du côté
est, pouvant correspondre à une séparation interne à l’édifice (jubé).

La découverte d’un dispositif liturgique complet, dans un tel état de
conservation, est particulièrement remarquable. La datation de
l’ensemble formé par le banc presbytéral, le trône épiscopal et l’autel
n’est pas encore établie avec précision, d’autant qu’il comprend
plusieurs phases de réfection et de transformation. Il paraît cependant
acquis que ces éléments sont antérieurs au début du XIe siècle, période
de reconstruction des parties sud de l’église. Des autels maçonnés,
proches de celui découverts à Senez ont été mis au jour à l’église de
Saint-Raphaël (phase VIIIe-Xe siècle) ou encore dans l’hypogée des Dunes
de Poitiers (phase VIIe-VIIIe siècle). La disposition de l’abside est
identique à celle attestée dans certains édifices tardo-antiques, comme à
la cathédrale de Cimiez (Ve-VIe siècle). Une fourchette chronologique
large, comprise entre le VIe et le Xe siècle, peut donc être retenue
pour l’instant, dans l’attente d’éléments de datation absolue. L’état de
préservation exemplaire de ces vestiges a été permis par l’abandon
complet de l’édifice primitif, son comblement et le scellement des
remblais par un nouveau sol de circulation. Il est probable que les
autres parties de cette église du haut Moyen Âge soient en grande partie
conservée sous le sol de l’édifice actuel.